"La tristesse : un appétit qu'aucun malheur ne rassasie." (Cioran)
09h15 le
neuf-quinze
Rester ou non dans l'Europe, puisque c'est la
question que l'on souhaite (im) poser aux Grecs (1), est-ce
encore vraiment le problème ? Au point où nous en
sommes, il n'y a déjà plus d'Europe, au sens où
l'Europe reposait sur la laborieuse négociation, sur le
douloureux compromis, seules sources civilisées de la vie
commune. Il n'y a plus d'institutions européennes. Il n'y a
plus de textes européens. Il y a un étrange et
précaire diumvirat, nommé Merkozy, deux têtes,
quatre bras, écopette dans une main, cravache dans l'autre, qui
ne se donne même plus la peine de sauver les apparences avec les
éclopés.
Et qu'on échange des sourires entendus (2) à propos de
Berlusconi, et qu'on suspend le versement des huit milliards
promis à la Grèce (de quel droit, cette suspension ?) et
qu'on exclut Papandreou de la conférence de presse commune, au
cours de laquelle on lui a adressé l'ultimatum: ton
référendum, pouilleux, ton appel au peuple, au peuple
sacré dont tout procède, c'est tout de suite, pas
à la Saint Glinglin. Et avec une belle et bonne question qui
les fasse bien trembler, tes Grecs: voulez-vous rester dans l'euro ?
Sinon, à la baille ! Il n'y a plus d'Europe. Il y a des maitres
et des esclaves, ou plutôt la chiourme et les garde-chiourme.
Etrange de voir, d'ailleurs, l'irruption dans l'Europe policée
des rapports de force carcéraux, avec ruses cousues de fil
blanc (Berlusconi arrivant à Cannes avec son gros paquet de mesures
d'austérité, totalement vide (3)), ses
lâchetés, et au total une seule loi, celle du plus
fort.
Chiourme et garde-chiourme: ces statuts sont
fragiles. Si Merkozy agite si frénétiquement sa
cravache, c'est qu'au-dessus du duo, il y a Obama qui arrive à
Cannes, et qu'il importe de lui montrer une maison en ordre,
poussière soigneusement remisée sous la moquette. Et
au-dessus d'Obama, il y a Hu Jintao le Terrible, à qui il faut
tenter de soutirer quelques milliards. Et au-dessus de Hu Jintao, il y
a, invisibles, invincibles, les marchés. Contre lesquels,
hélas, il n'est pas de cravache assez grosse.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire