"Les chinois ? Qu'est-ce qu'ils vont nous mettre comme coups de pieds au cul ! L'ennui, c'est qu'ils ont plus de pieds qu'on a de culs." (Jean Rigaux)
09h15 le
neuf-quinze
Après les indignés, les
humiliés. Humilié, je me sens. Vous ne pouvez pas
savoir. Tout le week-end, avec les passants, les commerçants,
nous avons échangé des regards qui en disaient long, des
soupirs humiliés. La Chine, évidemment. Quelle
humiliation. Et je suis heureux de voir que tous les politiques qui
assurent la permanence du pont de la Toussaint, sur les radios du
matin, partagent mon humiliation. Au moins, sommes-nous
humiliés ensemble. Sur RTL, un humilié (Lamassoure).
Dans la salle des quatre colonnes de l'Assemblée, les
députés se partagent entre pro et anti appel à la
Chine, nous apprend Achilli, sur France Inter. Et quelques minutes
plus tard, sur France Inter encore, un humilié (Bourlanges)
ressuscite le spectre de la profonde humiliation que nous, l'Europe,
avons infligée à la Chine, au XIX e siècle.
Comment, vous ne vous en souvenez pas ? Mais l'humiliant Chinois, lui,
a la mémoire longue. Le Chinois raisonne en millénaires,
quand vous avez déjà oublié les programmes
télé de la veille. En un siècle et demie, il a eu
le temps d'ourdir sa vengeance. Il la tient.
Si
l'appel à la Chine est un peu passé inaperçu dans l'enfumage des premiers commentaires
(1) après "l'accord de la dernière chance" de
mercredi dernier, il se rattrape depuis, et a repris la pole position.
Pas une déclaration publique déormais, sans
interrogation sur les "contreparties". Lesquelles ? Personne ne sait.
Mais forcément terribles. Sur Rue89, Pierre Haski (ancien
correspondant de Libé à Pekin) dresse le catalogue complet (2): environnement,
commerce, monnaie, ventes d'armes (3). Sans oublier les symboles,
bien sûr. Tiens, le Dalaï Lama, celui-là n'est pas
près d'être reçu à Paris, ou nulle part,
par quiconque. Lisez tout de même jusqu'au bout l'article de
Haski, qui rappelle aussi que le gouvernement chinois, tout
gouvernement chinois qur'il soit, devra aussi gérer une
opposition "nationaliste", fort sourcilleuse sur le gaspillage des
yuans publics. Ca relativise un peu les choses.
D'ailleurs, de grâce, si vous croisez un de ces jours un
nationaliste chinois radin et sourcilleux, surtout
dissuadez-le de regarder notre émission de vendredi (4), et plus
particulièrement l'acte 3. Il y entendrait deux discours
scandaleux, ceux de Karine Berger, conseillère de Hollande et
de Jacques Généreux, économiste du Parti de
gauche. Tous deux tombent benoîtement d'accord: l'important de
l'affaire, c'est que l'Europe va rouler les Chinois, et qu'ils seront
fort heureux de se faire (un peu) rouler, se faisant toujours moins
rouler que lorsqu'ils prêtent aux Américains. De la
bombe, cette émission. Si vous voulez la regarder,
dépêchez-vous. Par patriotisme européen, nous
n'excluons pas de la désintégrer dans un délai
non déterminé.
